
Ce lundi 30 mars était diffusé sur France Inter dans l’émission Affaires sensibles un épisode consacré à Suzanne Noël, et appelé « Suzanne Noël, réparer les vivants ».
Après l’écoute attentive de l’épisode, l’association Suzanne Noël Chirurgienne Féministe Laonnoise tenait à apporter quelques précisions sur des erreurs et des approximations, hélas trop souvent reproduites quant à la vie de Suzanne Noël, dont est émaillé cette émission.
En effet, la vie de Suzanne Noël a souvent été caricaturée ou fantasmée et il est important pour notre association de revenir au factuel car sa trajectoire et sa carrière sont suffisamment extraordinaires pour ne pas avoir besoin d’être enjolivées ou romancées.
Parmi les approximations nombreuses, voici les principales relevées par l’association :
-Suzanne Noël est associée systématiquement au Pr Hippolyte Morestin, fameux chirurgien des Gueules cassées. Celui-ci est présenté comme son maître et son mentor alors que Suzanne Noël a juste assisté à certaines de ses opérations comme des dizaines d’autres étudiants. En effet ce n’est pas Suzanne Noël mais son futur mari André Noël qui a été étudiant auprès de Morestin lors de son premier stage d’externat en 1908.
Suzanne Noël côtoiera Morestin durant la guerre à Saint-Louis. Elle a principalement pratiqué à l’hôpital Saint-Louis comme interne des hôpitaux de Paris dans le service de dermatologie du Pr Louis Brocq qui fut son mentor. Il n’est pas documenté qu’elle soit intervenue à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce où Hippolyte Morestin eu la responsabilité, à partir de 1915 et dès sa création, de la division des blessés et mutilés de la face.
-S’il existe de fortes présomptions quant au fait que la thèse consacrée à la douche filiforme soit l’œuvre de Suzanne et qu’elle en est cédé le contenu à son mari pour qu’il puisse passer sa thèse, André Noël en était également un spécialiste puisqu’il a également été formé à la dermatologie dans le service du Pr Brocq où était employé la douche filiforme et s’est spécialisé par la suite dans les maladies vénériennes.
-Il est évoqué de manière assez paradoxale le fait que Suzanne Noël aurait été décriée de son vivant par des confrères chirurgiens. Cette affirmation ne repose pas sur des sources documentées et entre en contradiction avec la reconnaissance nationale et internationale atteinte par Suzanne Noël, en particulier dans l’Entre-deux-guerres.
-La chirurgienne plastique Thérèse Awada, interviewée à la fin de l’émission évoque le fait que Suzanne Noël n’aurait pas fait école en ne transmettant pas ces techniques à d’autres consœurs et confrères : on lui connaît pourtant plusieurs disciples et élèves comme les chirurgiennes Dre Edith Peritz (1897-1985) qui ouvre son cabinet de chirurgie esthétique en 1928 à Berlin ou encore Dre Paule Regnault (1915-2008) de Montréal qui fut présidente de la Société Canadienne de Chirurgie Plastique et Esthétique, ainsi que d’autres en Europe même en Chine.
On peut également évoquer le fait que Suzanne Noël ait produit beaucoup d’articles scientifiques ainsi que deux ouvrages où elle expliquait ses techniques et qu’elle a énormément diffusé via des conférences à l’international.
-Enfin nous tenons à évoquer le fait que plusieurs extraits de correspondance attribuée à Suzanne Noël et à destination d’André Noël sont considérés comme douteux en l’absence de précision quant à la source archivistique dont ils seraient extraits.
Cette liste n’est pas exhaustive, mais l’association tenait à souligner la présence de ces idées reçues entourant Suzanne Noël et souvent reproduites dans les médias. L’association œuvre pour la mémoire de Suzanne Noël sans pour autant se départir d’une rigueur historique dans l’approche de sa vie et n’a pas pour vocation de faire de l’hagiographie ou du roman. Dans cette optique, l’association se tient à disposition des médias et chercheurs s’interrogeant sur le sujet ou souhaitant vérifier leur documentation.
A Laon, le 31 mars 2026.